01/08/2013

MARS ET AVRIL: CRITIQUE ET INTERVIEW DU RéALISATEUR,SCéNARISTE MARTIN VILLENEUVE

 

 

MARS ET AVRIL

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Résumé : Jacob Obus, vieux musicien charismatique, traîne une réputation de séducteur et de tombeur de femmes. Il se donne en spectacle régulièrement dans un bar et hypnotise son public grâce à des instruments uniques inspirés du corps des femmes. Ces appareils sont imaginés par son ami Arthur et construits par le père de ce dernier, un célèbre cosmologue qui a trouvé le moyen d'échapper à la mort grâce à l'une de ses inventions. Les trois hommes mènent une existence relativement paisible jusqu'à ce qu'ils rencontrent Avril, une jeune photographe imprévisible dont Jacob et Arthur tombent follement amoureux.

 

Réalisateur:Martin Villeneuve

 

Scénaristes:Martin Villeneuve

 

Acteurs : Jacques Languirand,Caroline Dhavernas,Paul Ahmarani,Robert Lepage,Jean Asselin,Stéphane Demers,Jean Marchand,Kathleen Fortin,Marcel Sabourin,André Montmorency,Gabriel Gascon,Emanuel Hoss-Desmarais,Pierre Leblanc,Richard Robitaille,Khanh Hua


Pays : Canada

 

Année : 2012

 

Durée:90 min.


 

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Critique :

Ayant fait son petit effet dans divers festivals et pour cause, il représente à la fois un défi technique de par son micro budget mais aussi un défi culturel de par sa langue employée(le français) et la localisation de son histoire (un Montréal futuriste), ce qui est une première pour un film de SF ,soulignons-le, Mars Et Avril est surprenant 

Un film à deux millions de dollars qui en paraît dix fois plus, voilà ce que nous propose Martin Villeneuve, le réalisateur. 

Nous livrant un film à la fois intimiste et spectaculaire, Villeneuve offre à son spectateur une oeuvre unique essentiellement axée sur les relations entre ses personnages et les liens qu’ils entretiennent avec le point central du film: la musique. Une musique universelle et transcendante dont la partition régit l’univers.

Esthétiquement éblouissants, les effets de Mars Et Avril bien qu’ostentatoires jouent leur rôle de catalyseur d’attention sur cette histoire d’un trio amoureux intergénérationnelle. Jacob, un vieux musicien de talent et son ami Athur, son concepteur d’instruments tombent éperdument amoureux d’une jeune photographe, Avril.

L’art élevé au rang de science sert ici de toile de fond et justifie  des sfx à l’imagerie entre le steampunk et la rêverie. La touche de Schuiten est indéniable.

Le métrage de Villeneuve est une expérience sensorielle mêlant ressenti et visuel. Un savant mélange qui hélas parfois se perd dans ses discours rhétoriques et qui souffre d’un rythme lancinant quelque peu soporifique.

Néanmoins, Mars Et Avril n’en demeure pas moins une oeuvre pionnière dans son domaine: le cinéma d’auteur sf francophone. Rien que pour ça, il mérite un accueil favorable auprès du public.

Bref, Ambitieux visuellement, Mars Et Avril est inversement proportionnel qualitativement à son budget. De l’art pelliculé que l’on aimerait voir plus souvent.

 

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Note: 16/20

 

 

Bande Annonce :


 

Production: EMA Films, Mars et Avril,Productions du 8e art


Site Internet:

 

page facebook

 

 

Interview du réalisateur et scénariste Martin Villeneuve

 

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Fantasticmovies:Pourriez-vous vous présenter en quelques mots aux lecteurs de fantasticmovies?

 

Martin Villeneuve: J’ai étudié le cinéma à l’Université Concordia et le design graphique à l’Université du Québec à Montréal. En 2002, j’ai remporté la bourse de l’agence Sid Lee et j’ai ensuite travaillé durant trois ans comme directeur artistique au sein de cette agence, en particulier pour le Cirque du Soleil. À ce titre, j’ai participé à la conception des campagnes publicitaires des spectacles Zumanity, , Corteo, DELIRIUM et Saltimbanco du Cirque du Soleil. Comme auteur, j’ai créé les deux tomes du photo-roman revisité Mars et Avril (Sid Lee et la Pastèque, 2006), ainsi que la bande dessinée La voix du tonnerre (Les 400 coups, 2004). En 2012, j’ai complété mon premier long métrage en tant que scénariste, réalisateur et producteur, Mars et Avril. Ce film de science-fiction, premier du genre au Québec, met en vedette Jacques Languirand, Caroline Dhavernas, Paul Ahmarani et Robert Lepage. Le film poursuit actuellement sa tournée des festivals internationaux.

 

Fantasticmovies: Quel est le dernier film que vous avez vu qui vous a le plus marqué?

 

M.V.:J’ai bien aimé Oblivion que j’ai vu en avant-première mondiale au Brussels International Fantastic Film Festival (où Mars et Avril était présenté en compétition officielle), en avril dernier. À l’instar de Mars et Avril, ce film de Joseph Kosinski est une adaptation d’un roman graphique, réalisée par l’auteur lui-même, mais contrairement au mien il a été tourné avec un budget hollywoodien. J’ai beaucoup aimé l’approche visuelle et l’atmosphère qui, à mon sens, apportent quelque chose de nouveau, et ce même si les influences sont évidentes.

 

Fantasticmovies: Quelles sont vos influences en tant que réalisateur?

 

M.V.:Des cinéastes comme Stanley Kubrick ou Terry Gilliam m’inspirent beaucoup, mais je n’ai pas essayé de calquer mon approche sur un cinéaste établi. J’ai plutôt tenté de trouver la forme qui rendait le mieux justice au contenu. Quand on m’a demandé de quoi aurait l’air l’univers visuel de Mars et Avril, je ne me suis pas mis à parler de cinéma, mais plutôt de bande dessinée. Puis celles qui me revenaient le plus en tête, c’était la série Les Cités obscures de François Schuiten, que j’ai d’ailleurs approché comme concepteur visuel en 2007. Plutôt que de faire ‘à la manière de’, je voulais impliquer directement la source de mes influences principales dans la création.

 

Fantasticmovies: Que pensez-vous du cinéma de genre actuel en général et dans votre pays?

 

M.V.: De façon générale, je trouve que le cinéma de genre verse trop souvent dans la formule et manque d’originalité, alors que les films qui marquent l’imaginaire sont justement ceux qui prennent des risques et qui brisent les moules. Mais, que ce soit avec un gros ou un petit budget, la nouveauté ne fait jamais l’unanimité. Il y a des gens qui aiment et d’autres qui détestent, c’est un phénomène normal mais qui est souvent le signe d’un film qui va passer l’épreuve du temps et s’inscrire dans la durée.

 

Concernant le cinéma de genre au Québec, autant dire qu’il est inexistant, sinon très marginal. Les Québécois sont généralement nostalgiques, tournés vers le passé. La plupart des films qui sont produits ici sont soit des drames historiques qui se déroulent il y a longtemps, ou des drames sombres à caractère social qui se passent aujourd’hui mais où les personnages sont marqués par le passé. Moi, ce que j’avais envie de faire, c’était précisément le contraire, je souhaitais nous projeter dans le futur, et très peu de cinéastes d’ici se sont lancés dans cette voie. Bien sûr, ce phénomène s’explique aussi par nos limites budgétaires. C’est très difficile avec les budgets d’auteur qu’on a au Québec d’accéder au cinéma de genre comme la science-fiction. Pourtant, c’est le pari que j’ai pris, parce que je me suis dit que justement, il était grand temps d’en produire un premier ! Toute l’expertise est ici d’ailleurs, on l’utilise sur les grosses productions américaines, alors les artistes locaux étaient ravis de se faire approcher pour mettre leur talent au service d’une science-fiction purement québécoise. C’est certain que sept ans pour faire Mars et Avril, c’est très long, mais il faut bien comprendre que c’est un film pionnier. Il fallait inventer un processus qui n’existait pas, se doter de moyens qui souvent étaient inexistants.

 

Fantasticmovies:Comment est né le projet?

 

M.V.: Tout d’abord, Mars et Avril a été publié sous la forme de deux photo-romans nouveau genre, que j’ai créés au début de ma vingtaine. Il s’agissait de romans graphiques atypiques racontant une histoire de science-fiction à travers des images et du texte, et dans lesquels la plupart des acteurs que le film met aujourd’hui en vedette étaient déjà impliqués. Ils interprétaient leurs personnages dans ces livres de manière expérimentale, théâtrale et très simple. En fait, c’est l’un de ces acteurs, le maître du théâtre québécois Robert Lepage, qui a été le premier à évoquer la possibilité d’en faire un film. Au départ, il devait le produire mais, de fil en aiguille, c’est moi qui me suis retrouvé à le faire. Toutefois, il est demeuré impliqué comme consultant artistique, ainsi que comme acteur, car il tient un rôle principal dans le film. Et il est également impliqué à titre d’investisseur.

Fantasticmovies: Mars Et Avril est vraiment très beau à regarder et le travail du son est vraiment bien, était-ce  beaucoup de travail en post-production?

 

M.V.: Mars et Avril fut majoritairement tourné sur écran vert, en seulement 25 jours et avec un budget très serré de 2,3 millions. Le film comporte pas moins de 550 plans d’effets visuels, ce qui est énorme pour une production indépendante et aura nécessité un travail de préproduction et de postproduction colossal. L’ensemble du long métrage fut d’abord créé sous la forme d’un storyboard, puis ensuite d’une cinématique, question de le pré-visualiser avant de le tourner. Pendant un an, nous avons dessiné les 1200 plans du film à la main, puis les avons montés avec les dialogues à la manière d’un film d’animation rudimentaire. Chaque plan a donc été pensé en préproduction, afin de ne rien laisser au hasard et d’investir nos énergies et notre budget aux bons endroits. On devait se questionner au préalable pour réaliser chacun des plans de la manière la plus créative et rentable possible, et régler la majeure partie des problèmes en amont du tournage. Et comme il n’y a rien de plus abstrait pour les acteurs que des fonds verts, cette cinématique les aidait à comprendre les environnements dans lesquels ils devaient évoluer. Elle est devenue un plan de tournage extrêmement précis pour tous les départements, que ce soit au niveau visuel ou sonore. Dans un contexte où tous les créateurs impliqués doivent redoubler d’ingéniosité et composer avec très peu de moyens, il faut être rigoureusement organisé et rentabiliser au maximum le temps et les ressources. Au total, le projet aura nécessité les efforts de plus de 300 artistes, dont 60 à temps plein durant 6 mois pour les effets visuels.

 

 

Fantasticmovies:Parlez-nous des effets visuels.

 

M.V.: Tout commençait à la planche à dessin avec François Schuiten, où l’on concevait le film sur papier et où l’on passait tous les environnements en revue (il y en avait une vingtaine) : les boîtes de nuit, le Montréal futuriste, la planète Mars, etc. On questionnait tout, les couleurs, les compositions de cadre, et on s’interrogeait vraiment sur tout l’aspect visuel du film dans toutes ses composantes, ses états et ses dynamiques, pour que l’univers soit cohérent. Et surtout, on faisait beaucoup de recherche ! Étant donné que je n’avais pas le budget pour embaucher un recherchiste, j’ai moi-même joué ce rôle pendant un an et demi. C’était plutôt intéressant, comme de retourner à l’université et de travailler pour un professeur que l’on admire. Je faisais le tour des cabinets d’architectes, les concours étudiants, les bibliothèques, parce que la commande de Monsieur Schuiten était de me projeter le plus loin possible dans le passé et dans le futur, et de voir à travers tout ça ce que les urbanistes et architectes montréalais avaient imaginé. De plus, j’ai fait des milliers de photos, avec le photographe des livres d’ailleurs, Yanick Macdonald. On se promenait la nuit à Montréal pendant une période de six mois, on se donnait rendez-vous, on faisait le Vieux-Port, après on montait au sommet d’une tour pour prendre des vues aériennes, afin de créer une banque d’images. Grâce à ces photos, Monsieur Schuiten pouvait réagir, il dessinait par-dessus, il rajoutait des couches. C’était une sorte de partie de ping pong pendant quelques années, jusqu’à ce que nous ayons une vision solide, précise et cohérente au niveau des effets visuels pour chacun des environnements. Comme nous n’avions que très peu de budget pour la postproduction, la clarté de la direction artistique était une condition sine qua non pour que la firme d’effets visuels montréalaise Vision Globale embarque dans l’aventure.

 

Il fallait développer une recette qui puisse tenir la route sur les 550 plans du film. L’un des plus grands défis était en effet d’éviter les ruptures de style entre les décors réels et les environnements virtuels, puis entre les plans d’ensemble à grand déploiement et les gros plans dévoilant l’intimité des personnages. Parce que quelques éléments de décors étaient vrais mais je mets quiconque au défi de me dire ce qui était vrai ou pas. Il y a même des gens qui pensent qu’on a tourné dans la vraie Biosphère alors que c’est tout de l’imagerie de synthèse. D’autres croient que l’intérieur de l’atelier d’Arthur c’est du réel alors que c’est en grande partie du virtuel. Les artistes visuels qui ont travaillé là-dessus, ce sont des tops, des vrais pros. J’ai regroupé autour du projet la meilleure équipe possible, en commençant par le superviseur des effets visuels, Carlos Monzon. Il avait travaillé sur des superproductions hollywoodiennes comme Avatar, Star Trek et Transformers, donc il avait une énorme connaissance des effets visuels. Il a très vite compris ce que je voulais faire. En fait, le cinéma, c’est d’abord réunir les bonnes personnes au bon moment. Carlos, comme les autres membres clés de l’équipe, était stimulé par le projet. Puis, ces artistes qui gagnent bien leur vie peuvent parfois se permettre de prendre des risques sur des plus petites productions qui ne sont pas payantes comme Mars et Avril, mais qui sont des laboratoires où l’on peut tester de nouvelles techniques.

 

 

Fantasticmovies:Fut-il facile de trouver des acteurs et une équipe motivés pour le film?

 

M.V.: En fait, je n’ai pas eu à convaincre grand monde. J’avais déjà regroupé un noyau de créateurs avec les livres, qui ont bien voulu embarquer dans l’aventure du film. Cela a créé un effet boule de neige et a aidé à intéresser de grosses pointures comme François Schuiten et Benoît Charest. Donc, au niveau créatif, les gens étaient plutôt contents de se faire approcher pour un projet aussi ambitieux, et pour une première du genre au Québec. D’autant plus qu’à défaut de leur offrir des sous, je leur offrais beaucoup de temps. C’est une notion fondamentale : quand on n’a pas d’argent, il faut se donner du temps… et une certaine liberté de création. Les gens se sont pris d’affection pour le projet et ils s’y sont donnés corps et âme.

 

 

Fantasticmovies: De la SF un brun intello (au sens positif du terme) dans la langue de Molière. Pensez-vous pouvoir plaire à un large public ?

 

M.V.: À bien des égards, Mars et Avril est un hommage à la bande dessinée franco-belge des années 70 et 80. Je pense notamment à Moebius, à Jodorowsky, et bien sûr à Schuiten. Donc ce côté ‘intello’ vient de ces influences et plaira sans doute aux amateurs du genre. Concernant l’usage du français, j’ai une grande fierté d’avoir tourné Mars et Avril dans ma langue maternelle, parce que c’est un reflet de ma culture. Si je l’avais fait en anglais, ce serait un film parmi tant d’autres, alors que maintenant ça en fait le premier film de science-fiction québécois. Mais je suis conscient que le public pour ce genre de film est surtout celui des festivals, et nous en avons fait une quinzaine jusqu’à présent, ce qui est vraiment bien. Et justement, en me promenant dans les marchés et les festivals du film à travers le monde, je me rends bien compte que l’anglais m’aurait ouvert plus facilement les portes de la distribution internationale. Pour cette raison, il est fort à parier que je tournerai mon prochain film en anglais. Quant à Mars et Avril, il trace sa propre voie, aussi unique que fut son processus de création, et je crois qu’il finira par trouver son public car la vie d’un long métrage est longue. Nous venons d’ailleurs de confirmer un distributeur international pour le film, ce qui, je l’espère, permettra au plus grand nombre de gens possible de le voir.

 

Fantasticmovies: Parlez-nous de la superbe musique qui accompagne votre film.

 

M.V.:La musique est vraiment au cœur de Mars et Avril et de son intrigue, autant les instruments inspirés par le corps des femmes que les pièces musicales elles-mêmes. Il fallait donc un musicien de haute voltige. Lorsqu’est arrivé le temps de le choisir, j’avais Benoît Charest en tête, à cause des Triplettes de Belleville, où il a su inventer un langage musical unique et puissant. Il m’apparaissait être l’homme de la situation. Je l’ai approché, je lui ai montré le montage film, puis il a accepté de relever le défi ! On s’est rencontré à quelques reprises et je lui ai expliqué ce que je voulais, c’est-à-dire un jazz futuriste très métissé. La balance était vraiment délicate à trouver puisque la trame sonore ne devait être ni trop conventionnelle, ni trop étrange, afin de ne pas égarer les spectateurs. Pour Benoît, le défi était double. D’une part, les instruments de musique imaginaires, il fallait les faire parler, leur donner un langage, un son. L’autre défi, c’était la trame sonore, inspirée du modèle cosmologique de Kepler qui remonte au XVIIe siècle et que d’autres compositeurs ont revisité, comme Gustav Holst avec La Symphonie des Planètes. Donc, Benoit a dû faire beaucoup de recherche avant d’arriver à la bonne formule, on est même retourné jusqu’à la Grèce antique, où il y avait une quête scientifique derrière la musique. Il a construit sa musique de cette manière, puis quand il me l’a finalement fait entendre, elle collait aux images de façon magique !

 

Fantasticmovies: Des décors incroyables et des costumes bluffants, comment avez-vous fait avec un si petit budget ?

 

M.V.: C’est vraiment grâce à la générosité des gens que le film s’est fait. Mais on ne peut pas faire des films de cette façon, ce n’est pas un modèle que l’on peut répliquer. Les Américains pensent que j’ai fait une erreur dans le budget, que c’est 23 millions et non pas 2,3 millions. C’est vrai que la valeur du film est plus de l’ordre de 23 millions, sauf que la façon dont ça s’est fait repose sur beaucoup de temps et de générosité, il n’y a pas d’autre secret caché. C’est un ensemble de facteurs qui relèvent un peu du miracle, dans le sens où les principaux collaborateurs, à des moments clés, ont pris les bonnes décisions et y ont cru jusqu’au bout, à défaut de quoi Mars et Avril ne se serait jamais terminé. Il y a eu un alignement des planètes… qui est d’ailleurs le premier plan du film !

 

Dans un système de production à gros budget, jamais je n’aurais eu un tel contrôle créatif sur mon film, mais cette liberté vient avec un très gros prix à payer. Au niveau du financement, c’était un défi continuel, surtout qu’il a fallu refinancer le film à mi-parcours. Je me suis lancé dans la production avec seulement la moitié d’un budget déjà très, très mince, où les gens travaillaient à 25 % de leur tarif habituel. Ce refinancement fut très pénible, j’y ai presque perdu tous mes actifs personnels, parce que je n’étais pas déficitaire de quelques dollars, il fallait au minimum doubler le budget. Mais si je n’avais pas pris ce risque-là au départ, le film ne se serait jamais fait.

 

Fantasticmovies: Avez-vous une anecdote à raconter à propos du tournage?

M.V.:Dix anecdotes sont déjà relatées sur les pages IMDb et Wikipédia du film, mais en exclusivité pour fantasticmovies, en voici cinq autres :

 

  • Jacques Languirand, qui était à la veille de ses 80 ans au moment du tournage, portait une oreillette sans fil de sorte que sa femme, Nicole Dumais, puisse lui souffler ses répliques.
  • La correspondance graphique entre l’instrument de musique et la topographie martienne, telle qu’expliquée par Eugène Spaak durant sa conférence, est une véritable découverte effectuée par Martin Villeneuve au moment de l’écriture de ses livres.
  • Le module spatial qui entre dans l’atmosphère martienne a été modelé d’après le microphone en forme d’obus que l’on peut voir sur la scène du Pub liquide.
  • « L’anguille sous roche » commandée par Jacob Obus à bord de l’Orient Express était une fausse anguille de latex. Toutefois, croyant que celle-ci était réelle, l’accessoiriste de plateau l’avait placée dans une glacière en prévision du tournage de la scène.
  • La scène où Jacob et Arthur partent pour la planète Mars est inspirée par l’un des souvenirs d’enfance de Martin Villeneuve : quand il avait 4 ou 5 ans, ses frères aînés l’ont mis dans une boîte et lui ont fait croire qu’il faisait un voyage spatial à destination de Mars.

 


Fantasticmovies: Croyez-vous que dans le futur on pourra voir de plus en plus de films de genre atypiques, produits de façon indépendante ?

M.V.:Je l’espère ! Il faut de toute façon cultiver cet équilibre entre l’indépendant et le commercial, car c’est de cette manière qu’on continue de progresser en cinéma. On est dans une société qui ne pense qu’à court terme, qui croit au succès instantané et à la rentabilité immédiate. Alors qu’habituellement en cinéma, ce sont des carrières qui se construisent. À un film expérimental qui essaie de nouvelles voies va peut-être succéder un succès commercial. La plupart des cinéastes qui sont bien établis viennent d’ailleurs de l’indépendant, où ils ont fait leurs premières armes. Puis souvent, les films indépendants font des percées qui sont récupérées par des superproductions américaines. Et parfois, c’est l’inverse, ce sont des percées technologiques dans des films comme Tintin par exemple, qui permettent ensuite à des films plus expérimentaux de faire du ‘motion capture’ avec des technologies devenues plus accessibles. Il ne faut pas envisager un film comme un objet fini, mais plutôt comme une succession d’événements qui en entraînent d’autres.

Fantasticmovies: Des projets futurs?

M.V.: Entre autres, je suis en train d’écrire un long métrage d’animation avec François Schuiten qui avait commencé à rédiger une histoire avec son collègue Benoît Sokal, un autre monstre sacré de la bande dessinée européenne. Ce sont des héros de mon enfance, alors c’est très agréable de pouvoir collaborer avec eux. C’est un projet ambitieux qui s’intitule Aquarica. C’est un très bel univers, à la fois étrange et mystérieux, mais c’est un film qui nécessitera un budget assez important si on arrive à le faire. Autrement, j’aimerais écrire un autre scénario plus personnel, dont l’action serait assez simple et qui ne coûterait pas trop cher à produire. En fait, je ne suis pas arrêté à un genre particulier, mais c’est certain que la science-fiction est un sujet qui va toujours m’intéresser, ne serait-ce que pour tous les défis que ça représente d’avoir à inventer quelque chose qu’on n’a pas encore vu. Et la bande dessinée est un lieu d’utopie et de rêve très fertile. C’est intéressant de pouvoir travailler avec des gens qui maîtrisent cet art-là parfaitement et qui peuvent ensuite amener leur savoir dans un autre média qui est le cinéma.

 

Fantasticmovies: Un mot pour la fin ?

M.V.: Faites confiance à votre instinct, croyez en vos idées aussi longtemps que nécessaire, et ne laissez personne vous dire qu’un projet auquel vous aspirez est impossible ! Permettez-moi en terminant de vous inviter à écouter ma conférence TED (Technology, Entertainment & Design), prononcée en février 2013 et déjà vue plus de 300 000 fois sur TED.com ! Je fus le tout premier Québécois invité à prendre la parole lors de cet événement prestigieux tenu à Long Beach en Californie : http://on.ted.com/Villeneuve

Voyez également ce très bel article sur le blogue officiel de TED : http://wp.me/p10512-jZN

Et voici le lien pour visiter la page Facebook du film : https://www.facebook.com/MarsEtAvril 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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